Un accord verbal reste un accord verbal
À la fin de notre phase de négociation, nous étions satisfaits. Les dirigeants aussi. Nous avions réussi à trouver un terrain d'entente. Un prix. Des conditions. Une vision commune de l'avenir. Après plusieurs semaines de travail, nous avions le sentiment d'avoir franchi une étape importante.
Comme souvent dans ces moments-là, nous nous sommes serré la main. Et nous sommes repartis avec le sentiment que le plus difficile était derrière nous.
Mais un accord verbal reste un accord verbal. Même entre personnes de bonne foi. Il fallait désormais le formaliser.
La Lettre d'Intention : bien plus qu'une formalité
Pas encore dans un contrat de cession — cette étape viendrait plus tard avec les avocats. À ce stade, il s'agissait de rédiger ce que l'on appelle une Lettre d'Intention, ou LOI.
Son objectif est simple. Mettre noir sur blanc ce sur quoi les parties pensent s'être mises d'accord. Le prix. Les grandes modalités. Le calendrier. Les engagements réciproques. L'exclusivité. Bref, tout ce qui constitue le cadre général de l'opération.
L'exercice peut paraître administratif. Il est en réalité extrêmement utile. Car il oblige chacun à préciser sa pensée. À vérifier qu'il n'existe aucun malentendu. À s'assurer que les mêmes mots recouvrent bien les mêmes réalités pour tout le monde. Le diable se cache souvent dans les détails.
Ce qui devait être une formalité est redevenu une négociation
Nous avions rendez-vous dans un café pour signer ce document. Dans notre esprit, il s'agissait presque d'une formalité. Nous allions relire le texte. Signer. Boire un café. Et repartir avec une étape de plus derrière nous.
La réalité a été légèrement différente.
Au cours de la discussion, nous avons réalisé qu'un point important n'avait pas été compris exactement de la même manière par les deux parties. Personne n'était de mauvaise foi. Personne n'essayait de revenir sur sa parole. Simplement, certaines choses paraissent évidentes lorsqu'elles sont discutées à l'oral mais deviennent beaucoup plus ambiguës lorsqu'elles sont écrites noir sur blanc.
Très vite, la discussion est redevenue une négociation. Une vraie. Par moments, nous avons sincèrement pensé que le projet pouvait s'arrêter là. Après toutes ces semaines de travail, ce serait mentir que de dire que nous étions parfaitement détendus.
Mais c'est précisément dans ces moments que l'on mesure la qualité des personnes avec lesquelles on travaille. Les discussions ont parfois été fermes. Les positions parfois éloignées. Pour autant, chacun est resté à l'écoute. Chacun a cherché à comprendre le point de vue de l'autre. Et finalement, entre personnes de bonne volonté, il est presque toujours possible de trouver une solution.
Un regard qui suffit
Avec le recul, cet épisode nous a également rappelé pourquoi notre association fonctionne si bien. Pendant les compétitions de CrossFit, nous avons appris à fonctionner ensemble. À nous observer. À nous coordonner. À sentir intuitivement quand l'un doit prendre la parole et quand l'autre doit la reprendre. À savoir quand pousser. À savoir quand temporiser.
Cette négociation a été exactement la même chose. Mickaël sait parfaitement détecter les moments où je peux me braquer. Un regard lui suffit parfois pour me faire comprendre qu'il est préférable de le laisser reprendre la main. Et inversement, je sais reconnaître les situations où je peux apporter quelque chose à la discussion.
Sans stratégie particulière. Sans rôle prédéfini. Simplement parce qu'après plusieurs années d'amitié et de projets communs, certains réflexes deviennent naturels.
Finalement, nous sommes parvenus à un accord. Le document a été signé. Et pour la première fois depuis le début de cette aventure, le projet est devenu véritablement concret. Cette signature était rassurante pour tout le monde. Pour les dirigeants. Pour nous. Pour nos proches. Nous avions désormais la confirmation que nous avancions ensemble dans la même direction.
Je me souviens également d'un détail qui peut paraître anodin. À la fin de cette réunion, nous avons décidé de nous tutoyer. De nous appeler par nos prénoms. Cela n'avait rien d'obligatoire. Rien d'officiel. Mais cela symbolisait quelque chose.
Nous n'étions plus simplement des vendeurs et des acheteurs assis autour d'une table. Nous étions devenus des partenaires engagés dans une aventure commune. Après tout, si tout se passait bien, nos relations allaient se poursuivre pendant plusieurs années.
Que pouvait-il encore arriver ?
À cet instant, nous étions persuadés que le plus dur était fait. Les dirigeants étaient d'accord. La LOI était signée. Nous avions une vision commune.
Que pouvait-il encore arriver ?
La réponse est simple. Beaucoup de choses. Et notamment une catégorie de personnes qui ne partageaient pas forcément notre enthousiasme.
Les banques.
À bientôt pour l'épisode n°8.