Une phase moins glamour, mais absolument indispensable
Lorsque nous avons signé la LOI, nous avons ressenti un immense soulagement. Après des mois de travail, les dirigeants et nous étions enfin alignés. Nous avions trouvé un accord. Une vision commune. Un chemin pour avancer ensemble.
Nous pensions avoir franchi une étape décisive. Et c'était vrai. Mais nous étions loin d'imaginer ce qui nous attendait ensuite.
Car la signature de la LOI marque en réalité le début d'une toute nouvelle phase. Une phase beaucoup moins visible. Beaucoup moins glamour. Mais absolument indispensable.
La machine administrative se met en marche
Avant même la signature, nous avions commencé à prendre contact avec différents organismes de financement. Des banques. Des organismes spécialisés. Même la BPI. Les premiers échanges étaient encourageants. Nous avions obtenu des accords de principe. Les retours étaient positifs. Nous étions confiants. Peut-être un peu trop.
Car dès la LOI signée, la machine administrative s'est mise en marche. Et cette machine avance à son propre rythme.
Le premier chantier concernait les audits. Audit comptable. Audit fiscal. Audit juridique. Pour des raisons évidentes, aucun de ces travaux ne démarre réellement avant la signature de la LOI. Il faut mandater les conseils. Organiser les échanges. Collecter les documents. Partager les informations. Faire travailler ensemble des professionnels qui ont chacun leur agenda, leurs contraintes et leurs priorités.
Et très vite, nous avons découvert une réalité frustrante. Tout dépend de tout.
Les experts ont besoin des comptes définitifs. Les comptes dépendent des travaux des experts-comptables. Les banques attendent les audits. Les avocats attendent certains documents. Les dirigeants attendent les retours des banques. Et nous, au milieu de tout cela, nous attendons un peu tout le monde.
Nous avons rapidement compris qu'il ne servait à rien d'essayer de traiter les sujets les uns après les autres. Tout est interdépendant. Tout avance en parallèle. Ou plutôt tout avance en parallèle... quand tout le monde avance.
Et c'est là que la frustration commence. Car pour nous, ce projet représente une part importante de notre avenir. Nous y pensons du matin au soir. Nous aimerions que chaque journée fasse avancer les choses. Mais pour les autres intervenants, il s'agit d'un dossier parmi beaucoup d'autres. Et c'est parfaitement normal. Un expert-comptable gère plusieurs clients. Un avocat gère plusieurs dossiers. Un banquier gère plusieurs projets.
Nous avons donc passé plusieurs mois à faire ce que tout repreneur finit par faire. Relancer. Relancer encore. Puis relancer poliment une troisième fois. Nous avons parfois eu le sentiment de devenir des chefs d'orchestre sans baguette.
Et puis il y a eu les banques. Nous pensions naïvement qu'une fois la LOI signée et les premiers échanges réalisés, le plus gros du travail était derrière nous. Là encore, nous nous trompions.
Les banques veulent comprendre absolument tout. Et c'est leur rôle. Les bilans. La LOI. Les audits. Les prévisionnels. Le contrat de cession. Le bail. Le carnet de commandes. L'organigramme. Les hommes-clés. Le rôle futur des dirigeants. Notre expérience. Nos CV. Notre situation patrimoniale. Nos revenus. Notre situation familiale. Nos sociétés. Nos statuts.
Et à chaque fois que nous pensions avoir terminé le dossier, une nouvelle demande apparaissait. Un nouveau document. Une nouvelle précision. Une nouvelle question.
Avec le recul, nous sourions. Sur le moment, c'était parfois beaucoup moins drôle.
Quitter son emploi pour un projet pas encore finalisé
C'est également pendant cette période que le projet a pris une dimension encore plus personnelle. Pour ma part, j'ai quitté mon poste salarié afin de pouvoir me consacrer à temps plein à cette aventure.
Ce n'était pas une décision anodine. Quitter un emploi confortable pour un projet qui n'est pas encore finalisé ajoute forcément un niveau de pression supplémentaire. À partir de ce moment-là, le projet n'était plus simplement une ambition. Il devenait une nécessité. Il fallait que cela fonctionne.
Une évidence venue du groupe du matin
Nous avons également commencé à préparer concrètement l'après. Depuis le début, notre ambition n'était pas seulement de reprendre une entreprise. Nous souhaitions construire quelque chose de durable. Être présents. Accompagner la transition. Mais aussi continuer à développer notre projet entrepreneurial dans les années à venir.
Pour cela, nous avions besoin d'un directeur général capable de s'investir à 100 % dans l'entreprise. Quelqu'un qui partage nos valeurs. Quelqu'un de confiance. Quelqu'un que nous connaissions parfaitement.
Et parfois, la vie réserve des évidences.
Depuis plusieurs années, nous partageons notre quotidien avec un groupe d'amis rencontrés grâce au CrossFit. Des profils très différents. Des personnalités complémentaires. Des amitiés construites dans l'effort, les compétitions, les déménagements, les coups de main et les moments difficiles.
Parmi eux se trouvait une personne qui cochait toutes les cases. Fiable. Honnête. Travailleur. Enthousiaste. Et particulièrement attirée par le secteur d'activité de l'entreprise.
Lorsque nous avons présenté son profil aux dirigeants, le courant est immédiatement passé. Une nouvelle fois, les planètes semblaient s'aligner. Quelques semaines plus tard, il quittait à son tour son emploi pour rejoindre l'aventure.
Et à cet instant, nous avons tous réalisé une chose. Nous n'étions plus seulement deux repreneurs qui travaillaient sur un projet. Nous étions désormais plusieurs à avoir engagé une partie de notre avenir dans cette histoire.
La pression montait. Et pourtant, le plus important restait encore à venir.
À bientôt pour l'épisode n°9.